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Full text of "Souvenirs de Quatre-Vingt-Treize, Ecrits en 1821"

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Souvenirs de 
quatre-vingt-... 
écrits en 1821; 



ou, La vérité 
opposée à .. 



Casimir de La 
Motte de La 
Guyomarais 



1509 
1814 

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GUSTAVE BORD 
COLLECTION 




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SOUVENIRS 



DE 



QUATRE-VINGT-TREIZE 



ÉCRITS EN 1821 



ou 



LA VÉRITÉ OPPOSÉE A DES MENSONGES 



II 




SAINT-BRIEUC 

IMPRIMERIE-LIBRAIRIE-LITHOGRAPHIE L. PRUD'HOMME 



1887 



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SOUVENIRS DE 93 

ÉCRITS EN 1821 



OU 



LA VÉRITÉ OPPOSÉE A DES MENSONGES 



If^EIFAO B2 



Le hasard m'a fait lire le Procès des Conjurés Bretons 

* AFFAIRE LA ROYRIE. D 

Ma surprise et mon indignation ont été grandes en voyant 
que les juges du tribunal criminel révolutionnaire de 93 ne 
se bornaient pas à faire tomber la tête de leurs victimes, mais 
qu'ils voulaient encore leur ravir ce qu'elles estimaient plus 
précieux que la vie, l'honneur. 

Les juges de ce tribunal ont fait imprimer, dans leur Bulle- 
tin, des réponses comme étant de tel accusé, et qui n'ont jamais 
été faites par lui. 

A la fin de ces Souvenirs, j'en citerai deux pour exemple. 
Elles sont prêtées à mon grand-père, M. de la Motte de la Guyo- 
marais. 

Je ferai aussi connaître certains romanciers de nos jours, 
tenant a honneur d'imiter le Bulletin du tribunal de 93, dans 
ses mensonges calomnieux. 

En faisant paraître les Souvenirs de mon père, mon but est 
donc de protester, par les faits vrais et authentiques qui y sont 
relatés, contre les calomnies insérées dans le Bulletin du tribu- 
nal de 93 et contre celles de messieurs les Romanciers. 



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H PRÉFACE 

La date de ces Souvenirs, la simplicité du style, les détails 
qui s'y trouvent prouveront suffisamment au lecteur qu'ils n'é- 
taient pas destinés à la publicité. 

Celui qui les écrivait n'avait qu'un but, qu'un désir, être 
bien compris de ses jeunes lecteurs, qui n'étaient autres que ses 
enfants, dont l'aîné avait à peine quinze ans. 

Mais comme il le dit lui-même en terminant, il tenait, avant 
tout, à graver dans la mémoire de son fils y le dévouement et la 
fidélité de ses grands parents et de ses oncles à la cause royale, 
ainsi que l'ardent amour du marquis de la Royrie, qui, après 
avoir sacrifié son repos, sa fortune, sa santé, pour délivrer son 
Roi de la prison, n'ayant pu y réussir, meurt de chagrin en 
apprenant que les révolutionnaires l'avaient fait monter sur Vé- 
chafaud. 

Il voulait que ses enfants connussent la vérité sur ce drame 
sanglant, commencé à la Guyomarais le 25 février, et terminé 
à Paris le i8 juin 1793. Drame dans lequel il fut à la fois 
spectateur et acteur. 

En leur apprenant ces détails douloureux, il leur imposait le 
devoir de réfuter les faits erronés ou calomnieux qui pourraient 
% i entacher la mémoire de leur grand-père, Joseph-Gabriel de la 

Motte de la Guyomarais. 

En prouvant, par ces Souvenirs, que le Bulletin du tribunal 
a menti, j'obéis aux désirs de mon père ; et comme petite-fille 
é>t. et dernière du nom du calomnié, je remplis mon devoir envers 

mon grand-père, en faisant connaître qu'il n'a jamais mérité 
ni le ridicule, ni le déshonneur que le Bulletin voulait imprimer 
à sa mémoire par les réponses qu'il fait en son nom. 

M** de la GUYOMARAIS. 
iô juin 1887. 



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SOUVENIRS DE 93 

ÉCRITS EN l82I 



ou 



LA VÉRITÉ OPPOSÉE A DES MENSONGES 



Armand Charles Tuffin, Marquis de la Royrie, né à Fougères, 
le 13 avril 1751, était fils de Messire Armand Joseph Jacques 
Tuffin, Marquis de la Royrie, et de Dame Thérèse de la Béli- 
naye. Il fut, en 1792, nommé par les princes, frères du Roi, 
chef de la Conjuration Bretonne. Il avait dans les Côtes-du- 
Nord plusieurs asiles, un entre autres à la Guyomarais chez 
M r et M me de la Motte. 

La Guyomarais est retirée dans les terres, entourée de bois ; 
à cette époque, le chemin pour y arriver était assez mauvais. 
Elle est séparée de la forêt de la Hunaudaye par une prairie 
et un champ, mais pour un proscrit de la Convention, jeune et 
dispos, comme Tétait le Marquis, à la moindre alerte, en trois ou 
quatre minutes, il eut été dans la Hunaudaye, forêt très mal 
percée ; mais en 93, elle lui offrait pour refuge des taillis magni- 
fiques, avec des fourrés impénétrables, même à des chasseurs 
n'ayant pas l'habitude « des gaulis, surtout celle de brosser. » 

Le Marquis de la Royrie, sous le nom de Gasselin, venait 
assez souvent se reposer de ses fatigues à la Guyomarais. Il 
savait qu'il était sous le toit d'un ami dévoué comme lui à la 
cause du roi. La Guyomarais n'était pas le lieu de rendez-vous 
des Conjurés. Le Marquis n'y passait jamais plus de deux jours 
de suite. Le 17 ou 18 janvier 93, par. une sombre et pluvieuse 
soirée, le Marquis de la Royrie, Loisel, son secrétaire, Saint- 
Pierre, son domestique, arrivèrent à la Guyomarais. 



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— 2 — 

Le Marquis était mouillé, couvert de boue, tout meurtri ; son 
cheval s'était abattu ; il avait roulé avec lui dans un fossé plein 
d'eau. 

Le lendemain, il se plaint d'un grand mal de tète, d'un point 
de côté. Les médecins, Taburel, de Lamballe, Masson, de Saint- 
Servan, Morel, chirurgien à Plancoët, appelés près de lui, recon- 
naissent une fluxion de poitrine. Cependant leurs soins et ceux 
d'une amitié dévouée semblaient avoir arrêté la gravité de la 
maladie. , 

Le Marquis de la Royrie avait fait la connaissance, à Paris, 
d'un médecin nommé La Touche-Chef tel, breton des environs 
de Fougères, ayant des parents habitant Saint-Malo. La Touche- 
Cheftel avait donné des soins, à Paris, au Marquis qui, à son tour, 
lui amena une belle et riche clientelle. Ce médecin avait à Paris 
une vie de luxe et de plaisirs ; pour la soutenir il lui fallait 
beaucoup d'or. Cet homme, sans foi ni honneur, a prouvé qu'il 
ne reculait devant rien pour s'en procurer. Il vint en 1 792 à Saint- 
Malo, chez ses parents, et retrouva le Marquis en Bretagne. 
Cheftel, souple, faux, rusé, sut s'emparer de saconliance, etpour 
mieux le tromper et connaître ses secrets, Cheftel s'engagea sous 
ses ordres. Le Marquis, cœur loyal et incapable de tromper, vit 
^HêéBÉun ami dévoué, là où il n'y avait qu'un traître ! M. de la 
Royrie présenta Cheftel à M. Désilles, caissier de la Conjuration, 
comme étant son ami, et faisant partie des Conjurés Bretons. Il le 
présenta même dans une de leurs assemblées et lui confia par 
fois des missions pour les princes et pour leurs représentants. 

Lorsque Cheftel eut appris les principaux asiles du Marquis, 
le nom des Conjurés des Côtes^du-Nord, il partit pour Paris. Il 
va trouver Danton, ministre de la Convention, et, pour de l'or, 
il lui livre les asiles du Marquis, les noms des Conjurés qu'il 
connaît ; il s'engage même à livrer celui qu'il appelle son ami ! 
Il revint en Bretagne pour mieux le surveiller. 

A la demande de M me de La Guyomarais, Cheftel n'accom- 
pagnait jamais le Marquis lorsqu'il venait à la Guyomarais. 
Cheftel n'en savait pas moins que c'était l'endroit ou il se réfu- 
giait le plus souvent. Il sut en prévenir la police. 



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— 3 — 

Le 24 janvier, M. de La Guyomarais, voyant un mieux chez le 
Marquis, descendit, il vint rejoindre sa femme et la plus jeune 
de ses filles qui étaient dans un salon dont la fenêtre ouvre 
sur le jardin. Il pouvait être huit heures du soir. 

Peu d'instants après l'arrivée au salon de M. de La Guyoma- 
rais, une voix étrangère fait entendre, près de la fenêtre, ces 
mots dits assez haut, pour être entendus de la chambre occupée 
par le Marquis, dont l'ouverture est aussi sur le jardin. « Si 
vous avez quelque chose à cacher, pressez-vous, une fouille sera 
faite cette nuit (1). » 

Le Marquis, ayant entendu l'avertissement, demande M. de 
La Guyomarais,4Tfui dit: — Vous venez, mon ami, d'entendre 
mon arrêt de mort, le vôtre, et peut-être celui de votre famille, 
si l'on me trouve chez vous. Faites-moi transporter dans la 
forêt, dans une hutte abandonnée par les charbonniers. — Mais 
ce serait vous tuer, dit M. de La Guyomarais. — Alors, reprit 
le Marquis, quittez votre maison, afin que Ton n'y trouve 
que moi ! — Pensez-vous, Marquis, que j'abandonnerai un 
ami malade? — Votre dévouement, mon cher Guyomarais, 
est sublime ! Puisse-t-il n'être pas la cause de votre perte. 
Qu'allez-vous faire ? — Je vais vous faire transporter chez de 
braves et honnêtes fermiers que je connais, vous y passerez la 
nuit, après la fouille, au cas où elle soit faite, on vous rappor- 
tera ici ; ce voyage ne sera que de quelques minutes, et j'espère 
qu'il ne vous fatiguera pas par trop. — Liî Marquis fui trans- 
porté à la ferme de la Gourhandais, chez les époux Pierre 
Lemasson, couché dans un de ces lits de ferme bretonne, carré, 
tout en bois, touchant presqif au plafond, n'ayant qu'une petite 
ouverture se fermant avec des volets mobiles. La fermière 
s'installa sa garde-malaae. 

Les Patriotes de Lamballe arrivèrent entre quatre et cinq 
heures du matin à la Guyomarais ; la fouille n'ayant produit 

(1 ) La famille de La Guyomarais a pensé que c'était un vieux gen- 
darme, habitant Saint-Denoual, qui, reconnaissant d'un service que 
M. de La Guyomarais lui avait rendu, voulait à son tour lui témoigner 
sa reconnaissance. — C. de La Guyomarais. 



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_ 4 — 

rien de suspect, ils continuèrent leur route sur Plancoët. 
sachant que de ce côté le Marquis y avait aussi des amis. La 
ferme où avait été transporté M. de la Royrie, étant située sur 
leur chemin, voulant boire et fumer, ils y entrent. La fermière, 
en les voyant dans la cour fut, comme elle le dit après, inspirée 
par le bon Dieu ; elle prend son chapelet, se met à genoux sur 
un banc très élevé, à l'ouverture du lit, elle s'y penche, empê- 
chant ainsi le jour d'y entrer ; elle prévient le Marquis de ne 
pas dire un mot ni faire un mouvement. La fatigue du voyage, 
surtout le peu d'air que le Marquis respirait dans ce lit, avaient 
augmenté la pâleur de son visage. Les patriotes demandent à 
boire et du feu pour allumer leurs pipes. La fermière, sans 
changer de position, dit au chef de la bande. Allez dans la 
cuisine, ma fille y est, dites lui de venir me parler, je ne puis 
quitter mon pauvre frère Jacques, il est à mourir, il ne parle 
plus, il est si pâle que l'on dirait qu'il est mort. 

Après le départ des patriotes, le Marquis de la Royrie fut 
rapporté à la Guyomarais (-1). 

MM. Georges de Fontevieux, le major Chafner (américain), 
amis dévoués l'un et l'autre du Marquis, et servant sous ses 
ordres, arrivèrent à la Guyomarais le soir du 26 janvier ; ils 
voulaient savoir où ils pourraient trouver leur chef. 

Fontevieux était chargé, par les princes, d'une mission de 
confiance pour le Marquis ; le major revenait d'Angleterre pour 
lui faire une communication. M. de La Guyomarais apprend 
à ces Messieurs la maladie du Marquis, l'espoir que conservent 
les médecins de le sauver, si rien ne vient compliquer la 
fluxion de poitrine. Il leur fait part de la fouille qui a été faite 
à la Guyomarais, ne comprenant pas, dit-il, ce qui a puxlonner 
l'éveil à la police. 

(4) C'est lui-même qui raconta ce fait à M. de La Guyomarais : J'ai 
admiré, disait-il, le sang-froid de cette femme qui m'a sauvé de la guil- 
lotine ; mais je me sentais mourir, faute de pouvoir respirer dans ce lit, 
je n'ai jamais autant souffert. — C. de La Guyomarais. 

Il y a 6 à 7 ans que ce fait m'était répété par la petite-fille de cette 
fermière. — M de de La Guyomarais. 



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— 5 — 

Le major Chafner dit alors qu'il revenait d'Angleterre, pour 
apprendre au Marquis que l'on savait à Londres qu'il se réfu- 
giait souvent dans une maison, près d'une forêt, non loin de 
Lamballe, et qu'il paraissait qu'il y avait parmi les Conjurés 
un traître. Ces Messieurs convinrent qu'il fallait attendre la 
guérison du Marquis, pour lui faire part de ces derniers faits. 

La morl du roi était connue depuis deux ou trois jours de 
M. de La Guyomarais. Redoutant pour le Marquis l'impression 
qu'il en éprouverait, surtout dans l'état où il était, sous pré- 
texte que, de lire ou entendre lire, fatiguerait le malade, M. de 
La Guyomarais s'était chargé, chaque fois que la Gazette arri- 
verait, de lui rendre compte des faits politiques. Le 27 janvier, 
dans l'après-midi, le journal fut, comme d'habitude, porté dans 
la chambre du Marquis. 

MM. de La Guyomarais, de Fontevieux et le major Chafner, 
ne s'y trouvaient pas pour le moment. Le Marquis étant tou- 
jours occupé du roi et des moyens de le délivrer, dit à son 
domestique de lui lire le journal. Vit-il une impression sur le 
visage de cet homme, on ne Ta jamais su. Va me chercher à 
boire, lui dit-il, à ton retour tu liras. 

Saint-Pierre oublie que M. de La Guyomarais lui a recom- 
mandé, qu'en son absence, il ne doit jamais laisser la Gazette 
à la portée de son maître ; il pose le journal sur la table de 
nuit et descend. 

Le Marquis prend la Gazette, il y voit des détails sur la mort 
du roi ; une fièvre cérébrale, un délire effrayant se déclarent à 
l'instant. Il demandait son cheval, ses armes, disant que le roi 
l'appelait à son secours ; il poussait des cris de rage et de 
douleur ; il fallait le maintenir de force dans son lit. Tous les 
remèdes furent employés, rien ne parvint à arrêter les progrès 
de la maladie. 

Le Marquis de la Royrie mourut dans la nuit du 29 au 
30 janvier 1793, à 4 heures du matin, âgé de 42 ans, après 
onze jours de maladie. Le procès-verbal de sa mort fut signé 
par MM. de La Guyomarais, le major Chafner, de Fontevieux, 
qui avaient tenu à assister aux derniers moments de leur général, 

2 



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— 6 — 

et à lui rendre les derniers devoirs. Un des médecins signa aussi 
le procès- verbal. 

Dans la crainte d'une nouvelle fouille, il fallut s'occuper de 
faire disparaître le corps du Marquis ; il était aussi compro- 
mettant mort, que s'il avait été vivant ; on parla de l'enterrer 
dans la forêt. Dans ce moment il y avait des gendarmes au bourg 
de Saint-Denoual, ce qui empêcha de le porter au cimetière. 

M. de La Guyomarais fit observer que les loups étaient nom- 
breux dans la Hunaudaye et qu'ils pourraient déterrer le corps 
du Marquis. Il avait aussi l'espoir, qu'en des temps meilleurs, 
il pourrait faire rapporter les restes de son ami à Saint-Denoual, 
dans l'enfeu de la famille. 

11 décida qu'il serait enterré dans un petit bois taillis, qui 
n'est séparé du jardin de la Guyomarais que par une large 
douve et une allée plantée de hêtres. Pour reconnaître plus 
facilement l'endroit du dépôt qu'il fallait confier à la terre, il 
le choisit lui-môme. 

Par un singulier hasard, dans ce taillis se trouvaient, et s'y 
trouvent encore, quatre chênes de haute futaie, placés en carré , 
assez près les uns des autres, pour former un dôme, et ce fut 
sous cette voûte de verdure que la tombe du Marquis fut 
creusée. Le corps y fut déposé dans la nuit du 30 au 34 janvier 
1793, vers les 10 ou il heures du soir, au milieu de chaux 
vive, pour en hâter la destruction. 

Au moment de la mort du Marquis de la Royrie, M. de La 
Guyomarais n'avait près de lui que son plus jeune lils Casimir, 
sou précepteur, M. ïhébaut La Chauvinais, son cocher Julien 
David, depuis peu de temps à son service, et François Perrin, 
son jardinier, dans lequel il avait confiance. 

Craignant que son jeune fils ou son cocher ne fussent indis- 
crets, ce fut Perrin qu'il chargea d'aider M. Thébaut à creuser 
la tombe du Marquis. Pour Saint-Pierre il était si désolé de la 
mort de son maître, disant (pie c'était lui qui l'avait tué, qu'il 
était incapable de rien faire. 

Avant sa maladie, le Marquis avait donné à Cheflel une mis- 
sion pour un représentant des princes en Angleterre. Cheftel 



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— 7 ~ 

revint par Paris afin de rendre compte à la Convention de la 
mission dont il avait été chargé, et de la réponse qu'il appor- 
tait au Marquis. A son retour en Bretagne, Cheftel ne savait 
où trouver M. de la Royrie. 

N'osant so présenter à la Guyomarais, il va à la Fosse- 
Ilingant (l)chez M. Désilles, qui voyait en Cheftel un Conjuré et 
un ami du Marquis. Ce fut donc sans aucune défiance qu'il répond 
à sa demande : où est le Marquis ? — Mais il est mort ! Ne le 
saviez-vous pas ? — Mort ! répétait Cheftel d'un air consterné, 
mais, où est-il mort ? — A la Guyomarais, dit M. Désilles. 

Cheftel aperçoit alors Saint-Pierre, qui venait de remettre à 
M. Désilles, de la part de M. de La Guyomarais, les papiers que 
le Marquis portait toujours sur lui, et qui concernaient Iîj 
Conjuration ; car, après la mort du Marquis de la Royrie, 
Fontevieux et le major Chafner avaient quitté la Guyomarais. 
Georges de Fontevieux pour aller apprendre aux princes la 
mort du Marquis, le major pour en prévenir les Conjurés. 

Loisel, le secrétaire du Marquis, avait aussi quitté la Guyo- 
marais, il n'y restait plus que Saint-Pierre, qui fut bien connu 
de M. Désilles. Ce fut donc à lui que M. de La Guyomarais 
confia l'argent et les papiers laissés par son maître, en lui disant 
de lui en rapporter un reçu. A son retour, Saint-Pierre répéta 
à M. de La Guyomarais la conversation de M. Désilles avec 
Cheftel, ajoutant que ce dernier avait voulu savoir tous les 
détails de la maladie de son pauvre ami,, quelles étaient les 
personnes qui l'avaient soigné, celles présentes à sa mort, qui 
avaient creusé la tombe, et où cette tombe avait été placée. 
J'ai répondu à toutes ces questions, non pour la tombe, je ne 
sais pas où elle est (je ne veux pas même le savoir). M. Cheftel 
a eu l'air content lorsque j'ai dit que c'était M. La Chauvinais 
et Perrin qui l'avaient creusée. Alors, a-t-il dit, nous pouvons 
être tranquilles, la Convention ne saura pas où notre chef et 
ami est mort, car M. Thébaut ni Perrin ne nous trahiront pas. 



(1) La Fosse-Ingant est dans la commune de Saint-Coulom, près de 
Saint-Malo. — M de de La Guyomarais. 



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— 8 — 

J'ai dit, non pour M. La Chauvinais, mais Monsieur, je ne puis 
m'empêcher de vous dire aussi à vous, que si on faisait boire 
Perrin, j'aurais peur qu'il ne dit tout ce qu'il sait. 

En entendant toutes les questions faites par Cheftel à Saint- 
Pierre, M. de La Guyomarais n'en eut pas plus de défiance 
que M. Désilles qui les entendait adresser au domestique. 
Cheftel, cet infâme traître, ayant eu l'espoir de livrer à la Con- 
vention le Marquis vivant, voyant son projet échouer, en fut 
.désolé : cet air triste et malheureux trompa M. Désilles et 
Saint-Pierre. 

Ces renseignements obtenus, Cheftel s'empressa de les faire 
connaître à la Convention, qui montra que, vivqnt ou mort, 
aile tenait à découvrir le Marquis. 

Le 25 février 1793, les commissaires de la Convention, 
Lalligant-Morillon Barthe, son collègue, accompagnés du Juge 
de paix de Plédéliac, du district et des gendarmes de Lamballe, 
de volontaires et patriotes de cette ville et du maire de Saint- 
Denoual, arrivèrent à la Guyomarais au petit jour. M r , M me de 
La Guyomarais, leur jeune fille Agathe, leurs deux fils Amaury 
et Casimir, M. Thébaut La Chauvinais, précepteur de Casimir, 
sont arrêtés. Julien David, cocher, François Perrin, jardinier, le 
sont aussi. Maîtres et domestiques sont interrogés, pressés de 
questions, menacés, tous refusent d'avouer avoir vu le Marquis 
de la Royrie à la Guyomarais et qu'il y soit mort. 

Le 26, voyant que l'on n'obtenait rien, le commissaire Barthe 
demande du vin et de l'eau-de-vie, il fait boire Perrin et lui 
montre \xm bourse remplie d'or. Il lui promet en plus cent louis, 
s'il veut lès conduire sur la tombe de M. de la Royrie, et, nou- 
veftiî judas, Perrin vend pour de l'or le secret de son maître et 
le livre à l'échafaud ! 

» Après avoir enivré Perrin et fait briller de l'or à ses yeux, 
celui-ci conduisit les commissaires avec une partie de leur 
escorte sur la tombe du Marquis de la Royrie, elle fut ouverte ! 
La chaux, dont le corps avait été couvert, n'avait fait aucun effet ; 
1 a figure du Marquis était parfaitement reconnaissable, sa barbe 
et 9es cheveux n'avaient pas changé. Le commissaire Lalligant- 



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- 9 — 

Morillon fait couper la tète du Marquis, les patriotes de Lam- 
balle la mettent au bout d'une baïonnette. Fiers de ce triste 
trophée, ils arrivent dans le salon où la famille de La Guyo- 
marais est gardée à vue. Ils font rouler la tète du Marquis aux 
pieds de M me de La Guyomarais, en lui disant : tiens, citoyenne, 
nie maintenant que ce n'est pas la tète du ci-devant Marquis 
de la Royrie ! — Il n'y a plus à niev, dit M. de La Guyomarais, 
je la reconnais cette noble tête, qui si longtemps vous a tous 
fait trembler. Vous n'êtes que des lâches ! des monstres ! L'ac- 
tion que vous venez de faire le prouve assez. 

Avant d'emmener leurs prisonniers, les commissaires, sachant, 
par un volontaire, frère et ami, que M. et M me de La Guyo- 
marais avaient une soixantaine de couverts en argent, vou- 
lurent les emporter avec eux. La maison fut fouillée, livrée au 
pillage; meubles, linge, etc., etc., tout fut chargé dans des 
charettes et conduit à Lamballe, pour être vendu sur la place 
quelques jours après. L'argenterie ne se trouvait pas ; la fouille 
allait être abandonnée. Le volontaire qui avait annoncé l'argen- 
terie prend le fusil d'un gendarme, donne un grand coup de 
crosse dans le fond d'une armoire d'attache, en disant : si on 
veut trouver, c'est ainsi que l'on cherche. On entendit un son 
argentin. 

Les patriotes de Lamballe jetèrent la tète du Marquis de la 
Royrie dans un carré du jardin. M ,les de La Guyomarais, n'ayant 
pas été emmenées avec leurs parents à Pa/is, une nuit, aidées 
d'un domestique, soulevèrent une dalle sous l'autel de la cha- , 
pelle de la Guyomarais, la tète du Marquis fut mise dessous. 

A leur retour à la Guyomarais, depuis des années, la chapelle 
était en ruines, elles firent des recherches sous les décorahres, 
elles ne retrouvèrent plus la tète du Marquis (1). 

M r , M me de La Guyomarais, leurs deux fils Amaury et Casi- 
mir, M. Thébaut, Julien David, Perrin, le dénonciateur, sont 
• 

(1) En nivelant, en 1877, l'endroit où avait été cette chapelle, la tète 
entière du Marquis de la Royrie fut retrouvée. En l'enlevant de la terre, 
elle tomba en cendres, il n'en resta qu'un petit fragment de l'os frontal, 
qui e*t conservé. 2- M de de La Guyomarais. 

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- 10 - 

conduits à Lamballe. M me de La Guyomarais dans une charette, 
ces Messieurs enchaînés. Leurs chevaux et voitures menaient à 
Lamballe les braves patriotes. 

De Rennes à Paris le voyage se fit dans des chariots ; ils 
furent conduits à l'Abbaye. Après plus de trois mois de cap- 
tivité, M r , M me de La Guyomarais, M. Thébaut La Chauvinais, 
Turent jugés, condamnés, exécutés, le 18 juin 1793, avec les 
autres Conjurés Bretons, victimes eux aussi de l'infâme traître 
Cheftel. M. etM me de La Guyomarais et leurs amis montèrent 
a l'échafaud au cri de « vive le roi. » 

Amaury et son frère, Casimir de La Guyomarais, furent jugés 
après leurs parents. Amaury fut acquitté comme n'étant pas 
complice de ses parents. Il n'était pas à la Guyomarais pen- 
dant la maladie ni à la mort du Marquis (1). 

Casimir, qui dans son interrogatoire avait nié énergiquement 
avoir vu le Marquis chez son père, sur six voix, il en eut trois 
pour la mort. 

Mais, pour être guillotiné, il fallait avoir 16 ans, le district de 
Lamballe mit âgé de 15 ans et demi (2). Malgré l'acquittement des 
deux frères, par le tribunal révolutionnaire, ils furent mis à la 
prison de Sainte-Pélagie. Amaury y passa peu de temps, il fut 
incorporé dans le 15 e régimentde chasseurs à cheval. Casimir ne 
fut mis çn liberté que le 23 décembre 1 793 ; lui aussi fut incorporé 
dans le 15 e chasseurs, cantonné sur les bords de la Loire. 

Les deux frères convinrent que la première fois qu'ils iraient 
tous deux baigner leurs chevaux, ils les feraient traverser le fleuve ; 
qu'ils iraient dans la Vendée rejoindre l'armée de Charette. 
Amaury, plus âgé de cinq ans que Casimir, habitué chez son père 
à monter à cheval, parvint un jour a mettre le sien à la nage et 
à gagner l'autre rive. Il fut dans la Vendée, s'engagea dans l'ar- 

(1) Cheftel et Perrin ignoraient que sous le prétexte de faire des visites 
aux amis et voisins de son père, Amaury leur portait des messages du 
Marquis. — C. de La Guyomarais. 

(2) Ce ne fut qu'à l'époque de son mariage, avec M» e de La Goublaye 
de Nantois, qu'il sut qu'il était né le 11 juin T/76, et qu'au moment de 
son jugement, il avait 17 ans passés. — G. de La Guyomarais. 



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— li- 
mée du général de Charette, où il fut tué dans une des premières 
batailles, peu de mois après son arrivée. Malgré les efforts de 
Casimir pour mettre son cheval à la nage il ne put y parvenir (1). 

M. et M me de La Guyomarais avaient trois autres fils et deux 
filles. L'aîné de tous, Joseph, était lieutenant de vaisseau ; il 
émigra en 1791 ; il était lieutenant dans le régiment d'Hector. 
Il faisait partie du débarquement des émigrés à Quibéron, et, 
comme tant d'autres, il y fut fusillé.. 

Le second, Edouard, était enseigne de vaisseau ; lui aussi 
émigra, il servait à l'armée des princes, il est chevalier de 
Saint-Louis. Il a épousé M lle Victoire de Bertho. 

Le quatrième, Félix, avait été nommé page de la maison du 
prince de Condé ; il n'eut pas le temps d'y entrer ; il émigra, 
s'engagea dans Loyal émigrant, et mourut à Nieuport. 

L'aînée des filles a épousé M. Coupé des Essarts ; la seconde 
est mariée à M. Joseph de La Motterouge, capitaine dans la 
Garde royale. 

Georges de Fontevieux n'était pas en France au moment de 
l'arrestation des Conjurés Bretons. C'était une victime de moins 
pour Cheftel ; mais l'infâme traître sut y rappeler le loyal jeune 
homme, et le livra ensuite à l'échafaud. 

Perrin, le dénonciateur de ses maîtres, ne fut pas remis en 
liberté, il fut emprisonné à la Force, et ne reçut pas les cent 
louis, prix du sang de M. et de M me deLa Guyomarais. Furieux, 
il organisa une révolte parmi les détenus. Quelques mois après 
ses victimes il fut guillotiné. 

(1 ) Le 28 janvier 1795, Casimir passa aux chouans, dans le Morbihan, 
avec 7 chasseurs. Il servait comme lieutenant, sous les ordres du C le de 
Silz. Il revint dans les Cùtes-du-Nord, comme capitaine, sous les ordres 
de M. de Boishardv . Après la mort de ce chef, il fut nommé chef de 
Canton, sous les ordres de M. La Roche-le- Veneur, où il servit jusqu'à la 
reddition. Il fut arrêté le 28 mai 1797, conduit .ru château de Brest ; en 
1799, il vint rejoindre M. le Vicomte, commandant par intérim la légion 
royaliste de Lamballe. En 1815, il fut nommé chef de bataillon dans la 
même légion, sous les ordres de M. de Courson; en 1818, !e roi le 
nomma Chevalier de la Lésion d'honneur, pour prendre ranf? dans Tordre 
à compter du 20 février 1810. — M ac de La (iuyomarais. 



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— 12 — 

Julien David fut acquitté par le tribunal révolutionnaire ; il 
habite la Bretagne. Les enfants de M. et de M me de La Guyo- 
marais n'oublient pas que les menaces et offres d'argent 
pour le faire dénoncer leur père et leur mère, échouèrent 
contre l'honnêteté du bon serviteur. Lui non plus n'a pas 
oublié ce douloureux drame de la Guyomarais. 

Les quelques mois que j'ai passés avec Amaury de La Guyo- 
marais, mon frère, m'ont appris des détails que je ne connais- 
sais pas sur le Marquis de la Royric, et son indigne dénon- 
ciateur, Cheftel, ce traître qui a livré à l'échafaud tant de nobles 
tètes bretonnes ! 

Amaury avait près de 22 ans, il laisait partie des Conjurés. 
11 ne paraissait pas encore dans leurs assemblées, mais le Mar- 
quis de la Royrie l'employait pour ses correspondances avec les 
Conjurés des côtés de Hénon, Quessouët, et des environs de 
Plancoët. Bientôt il devait partager, avec Georges de Fontevieux, 
le titre de courrier du Marquis. C'est donc ses souvenirs et les 
miens que je viens d'écrire. Je veux que mon fils n'oublie jamais 
le dévouement de ses grands parents, celui de ses oncles, ainsi 
que leur fidélité à la cause de leur roi et princes légitimes. 
J'ai tenu à lui faire connaître la vérité sur cette page de 93, 
afin que si un jour on voulait la ternir, mes enfants soient à 
même de relever les erreurs et les calomnies entachant la 
mémoire de leur grand-père. 

La Guyomarais, le 19 Août 1821. 

Casimir de la Motte de La Guyomarais. 



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NOTES RECTIFICATIVES 
Par M 11 * M. de La G. 



Si mon frère vivait encore, il remplirait bien mieux que moi 
les désirs de mon père. Cependant je vais essayer de le rem- 
placer. 

Le lecteur connaît maintenant la vérité sur les faits qui se 
sont passés chez M. et M me de La Guyomarais pendant la maladie, 
la mort du Marquis de la Roy rie, et lors de son exhumation. 
— Il va pouvoir juger les réponses du Bulletin. 

Ce Bulletin du tribunal révolutionnaire fait dire à mon grand- 
père, qu'il n'a jamais entendu parler du Marquis de la Royrie. 
Que l'étranger qui est mort chez lui était un négociant qui lui 
fut présenté sous le nom de Gasselin ; tant qu'au Marquis de 
la Royrie, il ne l'a jamais vu, ni connu ! 

Est-ce que le 26 février, après que le commissaire de la Con- 
vention, Lalligant- Morillon, eut fait couper la tête d'un mort, 
enterré depuis trois semaines, pour la faire jeter aux pieds 
de ma grand'mère, en la voyant, mon grand-père dit-il qu'il ne 
reconnaissait pas la tête de son ami ? — Non ! 

On vient de lire qu'immédiatement il répondit aux commis- 
saires de la Convention, devant la force armée, tous les patriotes, 
et les volontaires qui avaient envahi son salon. « Je la recon- 
nais cette noble tête qui vous a tous fait trembler si longtemps. 
Vous n'êtes que des lâches ! des monstres ! L'action que vous 
venez de faire le prouve assez. » 

Il est permis de croire que cette flétrissure, si bien méritée, 
et jetée par la victime à la face de ces monstres, leur fit craindre 
la réprobation et le dégoût même des leurs. 



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- u — 

Voici l'acte d'accusation et le jugement de ma famille. « Les 
interrogatoires n'en font pas partie. » Dans son acte d'accusa- 
tion, Fouquier Tinville se borne à dire t que l'état de putré- 
« faction ou se trouvait le cadavre de La Rouerie n'a pas permis 
t de constater la cause de sa mort. » 

Si Fouquier Tinville savait que son commissaire avait fait 
couper la tête de ce cadavre, pour la faire rouler aux pieds 
d'une femme, il n'a pas osé le dire, même devant le public de 
ce tribunal de sang et d'infamies, dans la crainte peut-être d'y 
entendre pousser des cris d'horreurs. 

Tant qu'aux auteurs de cet acte odieux et sans précédent, 
ils n'ont pas même eu le courage de leur œuvre, car après 
avoir constaté dans le procès-verbal de l'exhumation du Marquis 
de la Royrie (1), qu'à la réquisition de Lalligant-Morillon, sa 
tète fut coupée, ils n'osent pas ajouter : £our être portée dans 
le salon de la Guyomarais, ou toute la famille y est gardée a 
vue, afin d'avoir le plaisir de faire rouler cette tète aux pieds 
de M me de La Guyomarais. 

Ils n'ont pas même dit ce qu'ils en avaient fait. Ils n'ont su 
faire qu'un mensonge en disant, « qu'après l'exhumation du 
* cadavre de La Rouerie, ils ont appelé les sieurs et dames 
« de La Guyomarais pour le reconnaître. » Ils ont menti ! 

J'ai bien connu deux témoins qui, comme mon père, virent 
les patriotes apportant an bout d'une baïonnette, dans le salon 
de la Guyomarais, la tète du Marquis de la Royrie ; puis, cette 
tête être roulée par eux aux pieds de ma grand'mère. 

Le premier de ces témoins était M 1,e Renée Minet de la 
Villepai, habitant le Vaumadeuc. Elle était venue faire une 
visite à La Guyomarais ; elle fut arrêtée avec ma famille ; 
elle subit même un interrogatoire; le second témoin était 
l'honnête Julien David. Je puis dire que ni l'un ni l'autre 
n'avaient oublié cette horrible scène ! 

Voici encore une réponse faite au nom de mon grand-père, 
imprimée dans le Bulletin du tribunal de 03. 

(1) Ce procès-verbal est sous mes yeux. — M<* e de la G. 



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- 15 - 

Cette fois, le Bulletin lui fait dire que, s'il avait su que c'était 
le Marquis de la Royrie qu'il recevait chez lui, sous le nom de 
Gasselin, il l'eut mis à la porte ! 

Je crois que les Souvenirs que Ton vient de lire prouvent 
assez la noblesse de caractère de mon grand-père, et qu'ils 
laissent voir trop de preuves de l'amitié et du dévouement 
sans borne qu'il avait voué au Marquis pour que Ton puisse 
dire d'eux: ils sont la négation absolue et le démenti formel des 
réponses du Bulletin du tribunal criminel révolutionnaire de 93. 

Pour justifier François Perrin d'avoir livré ses maîtres à 
l'échafaud, l'auteur du Sans-Culotte Breton, peut-être dernier 
breton, prétend qu'il voulait se venger de M. de La Guyoma- 
rais, qui faisait la cour à sa femme ! — Perrin n'était pas 
marié ! ! ( • i 

L'auteur de Saturnin Fichet, dit que M. et M mc de La Guyo- 
marais habitaient leur hôtel à Rennes, pendant que le Marquis 
de la Royrie était malade et mourait à la Guyomarais ; il peu- 
ple cette maison de noms qui (excepté ceux de la Royrie et de 
Fontevieux), n'y ont jamais parus. 

il est triste de voir qu'en France on ne respecte rien, ni 
l'honneur, ni la mémoire des morts, pas même la vérité sur 
des faits historiques. 

Je dois signaler deux erreurs qui ont été imprimées au sujet 
du Marquis de la Royrie. 

Un 1837 ou 1839, M. Théodore Muret, auteur des Guerres 
de l'Ouest, Vendée et Chouannerie, vint demander à M. Casi- 
mir de La Guyomarais (mon père), des renseignements sur la 
maladie et la mort de M. de la Royrie, et aussi sur l'arrestation 
de la famil'e de La Guyomarais ; il lui furent donnés. Mais il 
parait qu'il n'en a pas tenu un compte exact, car il dit dans 
cet ouvrage que les patriotes de Lamballe emportèrent la tète 
du Marquis ; que de là elle fut envoyée à la Société populaire 
de Rennes. 

J'ai prouvé le contraire dans une note insérée dans les Sou- 
venirs de mon père. 

L'auteur de la Vendée militaire a été trompé. Mademoiselle 

-f-vwuu XX ddL Jxk tAA/cuL du ctiAMf pvt u>u)eJ /&uJ 



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— 46 -. 

de Moëllien n'était pas à la Guyomarais pendant la maladie, 
ni à la mort de son cousin, le Marquis de la Royrie. Elle n'v 
est même jamais venue. 

Le Marquis n'a pas demandé a être enterré sous un cerisier, 
ni que ses papiers fussent mis dans sa tombe ; on a lu qu'ils 
furent envoyer chez le caissier de la Conjuration, M. Désilles ; 
et ce fut encore le traître Cheftel, qui, ayant vu cacher l'argent 
et les papiers, se fit arrêter avec la famille Désilles, afin de 
dire aux commissaires de la Convention l'endroit où ils avaient 
été mis. 



Procès-verbal de la mort du Marquis de la Royrie. 

Nous, soussignés, Joseph de La Motte de La Guyomarais, 
Georges de Fontévieux, Chafner, major américain, Masson 
médecin, certifions qu'Armand-Charles Tuffin, M' 8 de la Royrie, 
est mort à La Guyomarais, dans la nuit du 29 au 30 janvier 1793, 
à quatre heures du matin, âgé de 42 ans. 

Le trente, vers les dix à onze heures du soir, son corps a été 
déposé dans le petit bois « vieux semis », en face le jardin de 
la Guyomarais. 

Pour reconnaître l'endroit, il est placé au milieu de quatre 
chênes. En face?,*"Jur le fossé, on a planté un houx.... afin de 
pouvoir un jour transporter ses restes dans l'enfeu de la famille 
de La Guyomarais ou ailleurs. 

La Guyomarais, le trente-et-un janvier 1793. 

Joseph de La Guyomarais, Georges de Fontévieux, 
Chafner, Masson Médecin. 

Ce procès- verbal fut retrouvé en 1835, il avait été mis dans 
une bouteille, au pied d'un chêne, sur la lisière de la forêt. 
L'humidité avait pénétré dans la bouteille et avait avarié le papier 
ainsi que l'écriture ; cependant, à quelques lettres près, on put 
le copier. — M de de La Guyomarais. 

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GÉNÉALOGIE 



De La Motte, de La Guyomarais, est un ramage de la maison de 
Broons. La Chambre de Rennes en 1669 reconnut que les armoi- 
ries de cette Branche étaient d'azur au fretté d'argent de six pièces. 
Elle descend en ligne directe d'écuyer .Guillaume de La Motte, 
« Seigneur de La Gueurine, Guérine, ou Guérinière), employé 
le premier sous la paroisse de Trémeur dans la réformation 
des nobles de l'évêché de Saint-Malo, en 4444. 

D'après les archives de la noblesse de France, ce Guillaume, 
vivant en 4444, était fils d'autre Guillaume qui avait épousé en 
4396 Isabelle du Chastellier, de la maison d'Eréac. 

Suivant La Ghainais des Bois, Dict. de la noblesse, t. X, p. 531, 
Guillaume de La Motte, marié à Isabelle du Chastellier en 4396, 
était en 4443, chef d'une compagnie de deux chevaliers bacheliers, 
et huit écuyers. — De 1420 à 4425, chambellan du duc, - en 
4423, garde et capitaine de Saint-Malo. — En 4425, chef d'une 
compagnie d'un chevalier, et de vingt-et-un écuyers. 

Guillaume de La Motte, Se r de la Guérine en 4444, n'eut qu'un 
fils, Jehan de La Motte, S* r de la Gueurine en 1467. — Ce Jehan 
fut marié deux fois. De son premier mariage il eut deux fils, 
François, Sff r de La Gueurine en 1483; Robert, dominicain, 
vivant en 1477. — De son second mariage avec Thiphaine ou 
Stéphane du Bois, il n'eut qu'un fils, Mathurin ou Mathelin de 
La Motte, S* r des Portes Menusbois, qui épousa Jeanne Galesnel, 
dame de Launay Galesnel, en Plorec. — C'est ce Mathurin de 
La Motte qui est l'auteur des La Motte, Se r de Launay Galesnel 
des Hautières, de La Villeguéméneuc, de La Ville Es-comte et 
de La Guyomarais, « qui ne font en ligne directe qu'une seule et 
même branche. » En 1758, Joseph Amaury de La Motte, S* r de 
La Ville Es-comte, fut un volontaire de la bataille de Saint-Cast. 

Lors de la réformation de la noblesse, le 19 août 1669, cette 



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— 18 — 

branche avait neuf générations, portant le titre d'écuyer. La 
Chambre autorisa la descendance légitime du neuvième écuyer 
(Joseph- Jean de La Motte, Se r de La Ville Es-comte, âgé de 7 ans), 
à prendre et porter ce titre d'écuyer et dit que les armoiries du 
mineur seront timbrées de sa qualité. Et sur le rapport de M. de 
La Bourdonnais, elle déclara cet enfant noble et issu d'ancienne 
extraction noble ; quoique plusieurs armoriaux ne déclarent 
cette branche, que d'extraction seulement ; ils se trompent. J'ai 
sous les yeux la déclaration de la Chambre sur parchemin. 

Il paraîtrait que François de La Motte, Se r de La Gueurine, en 
1483, fils aîné de Jehan de La Motte ne laissa pas d'héritier de son 
nom, mais une fille qui aurait épousé un M. de Plumaugat. On 
voit écuyer Claude du Rufflai, Se r de La Cornillaire, épouse 
d llc de Plumaugat, dame de La Guérinière, ou Guérine. 

Ce Claude du Rufflai, Se r de La Cornillaire et de La Guérine 
« il en prend le nom » donna et délivra, vers la fin de 1500. Aux 
descendants de Mathurin de La Motte, frère puîné de François, 
la copie du partage fait entre les deux frères, en 1497. Le Se r du 
Rufflai la signa avec deux notaires et certifia qu'elle était con- 
forme à l'original. 

Principales alliances de cette branche : du Bois, de Galesnel, 
de La Bouère, Bonnier, Chartier, de Gouyon, Le Camus, Le 
Fébure, Langlois de Prémorvan, de Tréméreuc, du Rocher, Le 
Fruglais de La Guyomarais, Micault de Mainville, de Bertho, de 
La Goublaye de Nantois, Coupé des Essarts, de La Motterouge 
de Bellevue, de Trédern. 

Alliés aux de La Boissière, de Trécesson, de Bois-Adam, de 
Guitton, de France, de Kernier, de Busnel, de Montorien, de 
Chateaubriant, Collet, Martin de Montaudry, de Brégérac, de 
Kerrangale, des Cognets, de La Choux, de Bouan, des Nos, etc. 



7*7. — SaiKt-Brieuc, Imp. L. Prud'homme, 



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